Je blogue au Canada

Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination (L.-F. Céline)

MOTAMO

Classé dans : Non classé — 18 avril 2012 @ 22:46

J’aimerais collectionner les mots. J’adore les mots. Je voudrais pouvoir les ranger dans des boîtes, les classer et aller y trifouiller quand bon me semble. J’aimes les agencer les uns avec les autres, obtenir des sonorités étranges et créer des histoires en les alignant en phrases. Les mots évoluent, mais les mots sont fidèles. J’ai mes mots préférés : j’aime « bonhommie », « gentilhomme », « onctuosité », « féminité ». Mais malgré tout, il y a des mots qui me plaisent moins, comme « hérésie », « ordurier », « strapontin ».

Mais il y a pire. Une abomination suprême. L’immondissime invention qui fait honte à la nature humaine. Seulement deux petites lettres. Des voyelles minuscules et tendres qui doivent supporter le poids de l’humiliation. Juste deux lettres. Pour un mot. « Ou ».

Existe-t-il plus infâme que cette unique syllabe, a priori sans histoire et dont personne ne se méfie ? Soyez vigilants, amis, car derrière cette angélique facette se cache l’enfer de l’Incertitude. Avec le « ou », c’est le royaume du Choix qui ouvre ses portes devant nous. Une multitude de possibilités et de déchirements simplement contenus dans ce « o » et ce « u » qui n’ont rien demandé à personne. Combien de cheveux ont été arrachés en entendant prononcer ce mot fatidique ? Combien d’expressions d’effroi sont nées sur de pauvres visages innocents ? Combien de vies brisées ? Et pour combien de temps encore ?

Ne niez pas. Ne faites pas semblant. Il n’y a rien de honteux à, vous aussi, subir la dicature du « ou ». Nous sommes des victimes ! Nous n’avons rien à nous faire pardonner ! Lui seul est coupable de tous ces tourments causés à notre tranquilité et notre quiétude. Notre esprit est perverti par l’agitation et le doute depuis que nous avons pris conscience de toute la force et l’absence de limites du vicieux « ou ».

C’est bien à cause de LUI - et de lui uniquement – que nous sommes forcés de procéder à des choix. Pouah. Des choix. Le deuxième pire mot du dictionnaire. Cette obligation de forcément renoncer à un désir, toujours aussi profond que l’autre, condamne l’Humain à subir la constante menace de la fameuse épée de Damoclès. De son premier à son dernier cri, depuis le lever de paupière matinal à l’extinction des lumières le soir, nous ne sommes que des machines à choix : thé ou café ? – jeans ou jupe ? – bus ou vélo ? – gauche ou droite ? – grand capuccino ou petit latté ? – poulet à 5.75$ ou steak à 6.25$ ? Et encore, ça, c’est le quotidien, les trucs de base, la routine. Alors, tu penses que c’est pas important. Tu crois que ça ne va pas te changer la vie. Tu mises sur la simplicité et choisis le petit latté. Et tu rates ta vie.

Hypothèse : tu prends le petit latté. Tu sors du café. Tu retrouves ta vie, ton chum, ta job. That’s it.
Hypothèse 2 : tu prends le grand capuccino. Ca met plus de temps. Tu patientes. Tu discutes avec la gentille vendeuse. Dans la conversation, tu mentionnes que tu aimerais évoluer, changer de carrière. L’homme derrière toi, qui a fait le choix de 2 croissants et un moyen jus d’orange, surprend quelques bribes. Justement, il cherche une nouvelle assistante de direction. Vous parlez. Vous sympathisez. Tu fais un essai. Le boulot te plait, tu plais au boulot, un nouveau chemin s’ouvre à toi. Tu évolues dans ta vie, tu grandis, tu t’épanouis. Tu as changé, tu largues ton chum, qui se trouve une autre blonde avec qui il part construire des orphelinats dans le tiers-monde. Tu rencontres un client, qui te fait battre le coeur plus vite. Vous vous revoyez, souvent, pour parler de votre dossier, de votre boulot, de votre vie. Six mois plus tard, tu cours dans ses bras avec un test de grossesse positif.
Parce que, un jour, tu as pris un grand cappuccino alors que tu aurais pu te contenter d’un petit latté, tu as permis à des enfants du bout du monde d’avoir un toît et des parents, et te voilà la mère d’une adorable Juliette.

Mais le pire, dans tout ça, c’est que l’inverse aurait pu être correct, également. Je veux dire : on ne peut jamais savoir. C’est ça, la fourberie du « ou ». Tu fais un choix, d’abord. Tu as conscience des conséquences, après.

Moi, plus tard, je veux vivre dans ce film de Jaco van Dormael, Mr Nobody, où chaque choix du héros nous montre une histoire différente.
Je veux connaître toutes mes histoires.

(Bien sûr, y a pas de photo, j’ai pas été capable de choisir.)

4 commentaires »

  1. edith dit :

    Papa et moi on aime, et nous connaissions la fin !

  2. eli dit :

    Mr Noobody !!! love it !

    Ton texte remue .. !
    Mais le « ou », c’est aussi le piment, l’adrénaline, le risque … tant de projets vivent grâce au « ou », c’est ceux là qu’il faut retenir. Les autres reviendront p-e dans l’histoire plus tard. Le hasard et les opportunités feront le restent.
    Par contre, évite de trop rester sur un « ou ». C’est pour ça qu’ils sont courts, car plus longtemps tu réfléchis, plus pervers ils deviennent !

    Des biiiises !!

    J’arrive bientôôôt !!

  3. Emi dit :

    Tu penses vraiment qu’on va se contenter d’une mise en page modifiée? Allez, encore un ptit article!

  4. larissa lavroff dit :

    j’ai aimé ton article sur la poutine. bravo.

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

 

une année au Québec en famille |
cicotours |
New-York New-York!!! |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | latramamargate
| ANDRYES, LE GITE INSOLITE D...
| LE TRIO VOYAGEUR EN AUSTRALIE